Nouvelle écrite à partir du thème éponyme et de la contrainte suivante: "l'histoire devra comporter une scène comique impliquant un chien"
Il était environ onze heures du matin au quatrième étage de l’immeuble un peu tordu du 7 rue des Petites Ecuries, et tout autour également d’ailleurs. Derrière la porte de l’appartement de gauche, celle dont la peinture craquelée disparaissait sous les autocollants et inscriptions diverses, sommeillait un canidé des plus insolites, qui battait l’air d’une patte chétive dans une quasi obscurité. S’il avait fait moins sombre, on aurait pu se rendre compte que l’animal, outre sa petite taille et son âge avancé, était fait d’une façon qui prêtait à confusion: privé d’appendice caudal, court sur ses appuis et en longueur, il était également presque dépourvu de museau et n’avait pour oreilles que de minuscules promontoirs qui se dépliaient à peine. En conséquence, il était à peu près impossible de déterminer où se trouvaient l’avant et l’arrière de l’animal. Étant presque aveugle depuis deux ans, celui-ci n’aurait d’ailleurs guère pu nous aider en ce sens, eut-il été doué de parole. Près de lui, sur les lattes usées qui formaient un parquet peu entretenu, gisaient des chaussettes de différents modèles, une flasque de William Peel et une de Ballantines -vides-, des bouteilles de Super Bock -toutes vides également-, quelques pièces rouges et, près de la fenêtre du minuscule salon, un cendrier qui débordait généreusement. L’appartement aurait été baigné de lumière à cette heure-ci, si les trombes d’eau quotidiennes de cette fin d’été avaient bien voulu cesser de malmener le dix huitième arrondissement de Paris et ses alentours. Dans l’unique chambre du logement, étalé au milieu d’un lit défait, un petit trentenaire hirsute, plus ou moins barbu et portant une salopette orange représentait la seule présence humaine du logis.
Il se tordait et se retournait dans ses draps pour conjurer la douleur indicible qui lui serrait les tempes, conséquence logique des flots de whisky de la veille, quand on frappa à la porte. Des coups secs et rapides, qui lui perçaient le crâne comme autant de pics à glace miniatures, et finirent par lui arracher des grognements plaintifs sans pour autant lui permettre d'ouvrir ses yeux bouffis. “Mmmrgr pasquvoc’quya quoi?” s’enquit-il à voix haute, et ce coassement en s’échappant de ses lèvres lui rappela qu’il était en vie, et qu’il fallait probablement faire quelque chose sous peu pour prolonger cet état de fait. “Gerefsquyaquoisqu’sfutaaaaain” s’exclama-t-il donc, en réalisant petit à petit son statut d’être humain et en se passant les mains sur le visage. Une odeur de solvant le prit immédiatement à la gorge et il hoqueta, rôta et dû mobiliser une énergie admirable pour ne pas rendre une partie des aliments de la veille sur son oreiller. Sans comprendre comment, il se retrouva assis sur son séant et son lit, les yeux entrouverts, un rictus d’incompréhension mêlé de confusion sur le visage. Son esprit se désembruma juste assez pour lui permettre d’attraper la bouteille de soda remplie d’eau qui traînait à ses pieds, et il but en renversant la tête en arrière et en tentant autant que possible de rassembler ses pensées, qui par chance n’étaient pas nombreuses. Bien. Il s’appelait Salim, il était sans emploi, il n’était pas marié… C’était déjà pas mal pour le moment.
Ayant vidé la bouteille, il ouvrit les yeux et ne put que remarquer les nombreuses taches et éclaboussures d’origine inconnue qui couvraient le plafond. De la peinture, espéra-t-il. Il fronça les sourcils et baissa le menton, faisant face à la petite fenêtre qui jouxtait le lit. Le battant droit était brisé, et un drapeau blanc au milieu duquel un symbole ressemblant à deux “S” arrondis se croisant au milieu, ou a quatre virgules reliées par leur partie la plus fine, pendait au dehors au milieux des bourrasques pluvieuses. “paYs bAsque en fOrCe” clamait une inscription au marqueur sur le manche du drapeau, qui était passé dans la barrière métallique, et dont l’extrémité reposait sur le sol devant lui. Il n’avait aucun souvenir de la suite d’événements nécessaire pour justifier la présence de cette bannière à la fenêtre, et fit un effort considérable pour se concentrer avant d’abandonner en réalisant que les coups à la porte n’avaient pas cessé et qu’ils avaient même plutôt tendance à s’intensifier. Pris d’une soudaine angoisse, il voulut crier qu’on le laisse tranquille mais ne parvint qu’à baragouiner une plainte enrouée, et décida de choisir une autre solution. De l’eau, d’abord. En quantité, il lui fallait de l’eau.
Il prit une profonde inspiration et se leva d’un bond mais manqua de tomber à la renverse, le sens de l’équilibre n’ayant pas suivi, avant de se rattraper au chambranle de la porte. Il décida de se tenir ainsi au mur, le visage écrasé contre le papier peint jauni, les genoux flageolants, et de progresser vers un évier, un frigo ou une douche. Voilà qui ressemblait à un plan solide, n’étaient-ce les coups répétés sur la porte qui lui poignardaient les méninges et l’empêchaient de formuler des pensées cohérentes. De frustration, il ferma les yeux et se rendit compte que l’absence de lumière directe allégeait un peu ses souffrances. Un vague sourire barra son visage rugueux de barbe naissante, découvrant une dentition approximative, et il se dit qu’il restait de l’espoir, au fond. C’est précisément à ce moment-là que son pied gauche, encore chaussé d’un mocassin bleu nuit, atterrit sur une créature innommable, provoquant chez cette dernière un hululement de douleur et de surprise, et envoyant valdinguer Salim contre le mur opposé. Il s’écroula au sol en battant inutilement l’air de ses deux bras et en braillant “ah mais merde non!”, ce qui eut pour effet d’augmenter encore le volume des chocs qui ébranlaient la porte sans discontinuer. Une fois à terre, allongé sur le côté gauche au milieu de paquets de chips vides, Salim ouvrit les yeux en grimaçant et aperçut ce qui ressemblait à un cylindre de fourrure éparse, qui tournait sur lui-même en jappant dans la petite pièce qui servait de salon, à côté de la porte d’entrée. De toute évidence, c’était une sorte de chien. Avait-il un chien? Il cligna des yeux une fois, puis deux, et décida que non. En revanche, une information capitale avait commencé à émerger dans son esprit. Il avait un genre de rendez- vous.
Et c’est alors qu’il se relevait péniblement que la réalisation vint le frapper comme un chassé dans l’estomac: Il s’appelait Salim, il était sans emploi, et c’était pour mettre fin à ce descriptif peu reluisant qu’il avait justement rendez-vous ce jour dans une agence d’intérim près de… De retour à la verticale, il courait maintenant en tous sens -en évitant tant bien que mal le chien qui sautillait entre ses jambes- à la recherche de son téléphone portable, d’une pièce d’identité, de son autre chaussure, et d’une source d’eau. Au bout de quelques secondes, ayant convenu que l’hydratation devait rester sa priorité pour l’instant, il se rua sur l’évier du coin cuisine et, alors qu’il engloutissait près d’un litre et demi d’onde tiède, remarqua son mocassin manquant qui gisait sous des verres à shot près du syphon. Il s’en empara et l’enfila, rasséréné par ces petites victoires successives, avant de foncer vers la porte, sur laquelle une foule de post-it avait attiré son attention. Il lui semblait qu’il y trouverait l’information qu’il lui manquait, et il ne se trompait pas. Une bonne partie d’entre eux portaient des messages et dessins osés à la gloire du pays Basque datant probablement de la nuit passée, et les différentes écritures prouvaient qu’il n’était peut-être pas seul responsable de l’état de l’appartement. Mais le seul post-it de couleur verte fluo, un peu à l’écart, mentionnait bien “rdv Adecco St Lazare 18/06 12h30 te foir pas frer”, et frétillait au grés des coups ininterrompus qui en rendait la lecture hasardeuse. Victoire, une fois de plus. Un coup d'œil sur l’horloge en plastique qui pendait au mur derrière lui appris qu’il était bien onze heures vingt deux. Salim réfléchissait à toute vitesse: il pouvait encore y arriver, il lui fallait simplement… Ses clefs, avant toute chose. Il se retourna vers la porte d’entrée et les trouva là, dans la serrure. Au sol, près du petit frigo, il ramassa une enveloppe qui contenait sa carte d’identité et un CV tout froissé et largement embelli. La chance tournait, il le sentait. Il la fourra dans sa poche, fit demi-tour et ramassa une chemise qui traînait près des flasques vides avant de l’enfiler par-dessus sa salopette. Il devait avoir une allure décente, et surtout arriver à l’heure, donc partir sur le champ. Après un moment de flottement -ayant momentanément oublié où il se trouvait- il alla s’asperger le visage d’eau au-dessus de l’évier en grognant pour se donner du courage, ce qui lui permit de remarquer ques ses mains étaient toutes deux couvertes de peinture de différentes couleurs. Ça expliquait certainement les odeurs de solvants. Il les frotta un instant puis, perdant patience, se dirigea à nouveau vers la porte, le chien sur ses talons. Ce dernier ondula entre ses chevilles et manqua de nouveau de le faire tomber à la renverse, et il jura entre ses dents en le ramassant, le maintenant calé contre son torse avec son bras gauche, avant de pousser la poignée.
Il décida d’ouvrir la porte d’un coup pour prendre de court l’inconnu qui le torturait sans merci depuis le réveil, et se retrouva face à face avec une petite dame ronde et vêtue de frusques criardes -en laquelle il reconnu sa propriétaire- flanquée d’une armoire à glace toute en noir, le poing toujours levé comme pour continuer à toquer. Un ange passa, et Salim remarqua que les deux responsables de son réveil le dévisageaient, bouche entrouverte et sourcils légèrement décalés, mais il décida de prendre l’initiative et bondit sur la droite de l'homme en noir, claquant la porte derrière lui et dévalant les escaliers en grimaçant. La petite dame avait repris ses esprits et s'époumonait derrière lui en réclamant son loyer qui avait “trois semaines de retard, une fois de plus” et son gorille baragouinait des menaces inintelligibles, mais il ne les entendaient plus, tout focalisé qu'il était sur la possibilité d'un emploi futur.
Dans la rue, il se rendit compte qu’il ne pleuvait plus, qu’il faisait effroyablement lourd, et qu’il portait toujours le chien dans ses bras. Il s'accroupit pour le libérer, avant de se raviser après un instant d’hésitation. Il se redressa donc et se mit à courir vers le métro, slalomant entre les inconnus formant la foule habituelle rassemblée devant les salons de coiffure. Il crut entendre quelques invectives mais ne s’en formalisa pas, et parvint à la station Château d’Eau, la respiration sifflante mais la détermination intacte. Il pouvait y arriver, c’était encore possible, il lui fallait y croire. En s’engouffrant dans les escaliers, il fouilla sa mémoire pour comprendre d’où pouvait bien provenir l’étrange quadrupède qu’il tenait à présent sous le bras gauche, mais rien ne vint. Secouant la tête pour chasser ces pensées inutiles, il s'apprêtait à profiter du passage d’un usager pour passer le portique lorsqu'il s'aperçut qu’il était l’une des rares personnes dans l’entrée de la station à ne pas porter un uniforme “Police” ou “RATP Sûreté”... Et qu’il semblait attirer leur attention. Il se figea, entendit le chien couiner dans ses bras en percutant le tourniquet, et entama une marche à reculons, avant de tourner les talons et de grimper quatre à quatre les escaliers menant vers la sortie. Tout ceci n'avait pas d'importance, il pouvait y aller à pied, il le sentait.
Une vingtaine de minutes plus tard, il arrivait enfin devant le 84 rue d’Amsterdam, en nage et en courant, les poumons pleins de braises et les yeux plissés par l’effort fourni. Il s’appuya contre une poubelle et fit de son mieux pour reprendre son souffle, se passant l’avant bras sur le front pour en dégager la transpiration abondante. Deux minutes passèrent ainsi, au cours desquelles il remarqua confusément que le chien n’était plus sous son bras, mais aussi qu’il n'avait pas pris de douche, ne s'était pas lavé les dents ou rasé, et surtout qu’il n’avait aucune idée de l’heure qu’il était. Une jeune femme qui passait accepta de lui donner cette dernière avant de s’éloigner à pas rapides. Il était midi deux. Salim soupira et entra dans l’agence d’intérim en se tenant aussi droit que possible, le cœur battant à toute vitesse, plein de fierté d’avoir réussi ce qui relevait de l’impossible voici moins d’une quarantaine de minutes.
Une demie douzaine de personnes étaient assises sur des sièges en plastique bleus contre le mur à droite du bureau d’accueil. La réceptionniste, une petite rousse à l’air doux et rêveur, leva la tête en entendant son “bonjour” un peu enroué, et eut un mouvement de recul qui avait certainement à voir avec son haleine. Il se lança: “Haha, pardon, heu, bonjour oui, je suis monsieur Salim Luchon, j’ai rendez vous aujourd’hui à, heu, midi, hehe.” Sa voix était moins rapeuse, il prenait de l’assurance, il le sentait. Elle ne répondit pas, et le dévisageait, les sourcils très hauts sur son front, la bouche ouverte. Après un court instant, il continua “Pour le boulot de… C’est bien aujourd’hui hein? On est le combien s’il vous plaît? On est bien le 18?” Elle fit “oui” de la tête. “Ah, bah parfait alors!” ricana-t-il, mal à l’aise, toujours à bout de souffle. Il transpirait toujours, et le silence de la rouquine commençait à l’agacer. Elle se mit à taper quelque chose sur son clavier sans le quitter des yeux, et le bruit des touches vint lui malmener la matière grise et lui rappeler son réveil douloureux. Une vague nausée s’empara de lui. Un moustachu entre deux âges, petit et presque chauve, entra dans la pièce et commença à poser une question à la réceptionniste, avant de s’interrompre en le regardant. “Je… Je peux vous aider monsieur?” coassa-t-il en bombant le torse. “Nous n’avons rien à…” commença-t-il. “Oui heu, j’ai rendez vous aujourd’hui, avec quelqu’un d’ici, pour le boulot de…” Il ne finit pas sa phrase, regardant tour à tour la petite rousse et le petit chauve qui le fixaient, interdits. “Vous pouvez vérifier avec qui est mon rendez vous s’il vous plaît?” enchaîna-t-il en haussant le ton. Une femme d’une cinquantaine d’année entra à la suite du chauve, une pile de dossiers à la main, et s’arrêta en voyant Salim. Personne ne pipait mot, et la gueule de bois achevait de rendre le moment exaspérant pour ce dernier. Serrant les dents dans un sourire crispé, il joua son va-tout: “Bonjour, j’ai vraiment besoin de ce rendez-vous, j’ai pas eu une matinée facile, et pourtant je suis arrivé à l’heure, alors que… Bon, je m’appelle Salim Luchon, et je voudrais seulement savoir avec qui j'avais…” C’est alors qu’il s'aperçut en regardant autour de lui que les autres personnes qui attendaient ne détachaient pas leurs regards de sa figure, et que certains avaient même braqué l'objectif de leur téléphone sur lui. Le moustachu chouina “Je vous demande de quitter les lieux, sans quoi…” Et c’en fut trop. Salim tapa des deux mains sur le bureau en braillant “NON MAIS VOUS M'ÉCOUTEZ OU PAS C’EST PAS POSSIBLE QU’EST CE QUI VOUS PRENDS LÀ? TOI LÀ, TU CROIS QUOI, QUE JE SUIS UN CLOWN OU QUOI?” Quelqu’un eut un petit cri aigu, derrière lui. “TU CROIS QUOI? OH!! RÉPONDS, TU CROIS QUOI? ” répéta Salim, avant que son regard ne soit attiré par son reflet dans la vitre au-dessus de la réceptionniste, qui se ratatinait sur son siège. Il se pencha en avant pour mieux voir, et maugréa “Ah… Ah oui…” en tournant la tête pour apprécier l’étendu des dégâts. Ses joues étaient ornée de deux pénis rouge (à gauche) et bleu (à droite, donc) aux proportions ambitieuses, et leurs couleurs complimentaient assez bien l’eyeliner violet qui entourait ses deux yeux injectés de sang, ainsi que les drapeaux corses et marocains qui ornaient ses tempes. Des tâches de peinture bigarrées couvraient aussi son cou et une partie de ses cheveux, et pourtant tout cela se remarquait à peine, tout bien réfléchit, lorsqu’on prêtait attention à son front, sur lequel figurait le même symbole que celui qu’il avait vu sur le drapeau en se réveillant. Deux S majuscules et arrondis se croisant au milieu, ou quatre virgules reliées par leur partie la plus fine, le tout formant clairement, se dit Salim en pinçant les lèvres, une sorte de croix gammée arrondie peinte avec application, et entourée de divers dessins arnachisto-érotiques dont le niveau n’honorait pas les auteurs. “C’est…” balbutia-t-il après un silence pesant. “C’est une croix basque, en fait, et, heu, fun fact…” Son visage à présent cramoisi le brûlait, et il suait toujours à grosses gouttes. Quelqu’un toussa quelque part.
Lorsqu’il sortit de l’agence quelques secondes plus tard, écarlate et se frottant le visage à l'aide de gel hydro-alcoolique pour retrouver une apparence acceptable, il pleuvait à nouveau à verse. Il commença à remonter la rue d’Amsterdam, nauséeux et bouillonnant de rage, lorsqu’il aperçu le chien. Ce dernier tentait vraisemblablement de marcher dans sa direction, mais ne parvenait qu’à se cogner encore et encore dans une barrière de travaux qui lui barrait la route. Comment avait-il bien pu parvenir jusqu’ici? Salim s’arrêta un instant, et se rendit compte qu’il s’identifiait à ce clébard mal fichu. Il soupira longuement, se pencha, le pris sous son bras puis se redressa en grimaçant, faisant craquer ses genoux. La marche jusqu’à chez lui fut douloureuse, mais rendue plus agréable par la pluie rafraîchissante et la perspective de pouvoir se recoucher après une bière ou deux. Arrivé dans sa rue, il tomba nez à nez avec une grande dame efflanquée qui tenait un parapluie démesuré et essayait maladroitement de coller la photographie d'un animal impossible à identifier sur un lampadaire. L’averse rendait cette entreprise futile, mais elle persistait jusqu'à ce qu'il apparaisse dans son champ de vision. Son expression passa en un clin d'oeil de l'angoisse au choc puis à une colère aux proportions bibliques, elle manqua de s’étouffer et les mots eurent du mal à sortir de sa bouche dans un ordre acceptable: “Oh, C’EST, AU VOLEUR C’EST BERNARD C’EST MON CHIEN C’EST, COMMENT, POURQUOI, VOUS LE TENEZ À L'ENVERS LÂCHEZ-LE MON CHIEN BERNARD DONNEZ-LE MOI” hurla-t-elle en lâchant le parapluie et en se jetant sur Salim. Il s’immobilisa sous l’averse et la regarda agripper le pauvre animal et lui arracher des bras sans ménagement, avant de le retourner comme un sablier et de ramasser le parapluie en couvrant de baisers la partie de l'animal la plus proche de son visage. Salim resta là, interdit, puis décida de passer son chemin en trottinant avant que la situation ne dégénère en coups et blessures vengeurs, ou que les cris attirent sa propriétaire et son colosse. Il fit tout de même un saut à l’épicerie du coin de la rue, se procura -à crédit- une flasque de William Peel, trois cigarettes et un pack de Super Bock, et repris le chemin de chez lui en marchant sous les litres d’eau qui s’abattaient du ciel.
Lorsque la porte de son appartement claqua derrière lui, il fit brièvement l’inventaire des dégâts -superficiels, se dit-il- puis entendit une sonnerie qui venait de la poubelle sous l’évier. “Classique” murmura-t-il. Une fois son téléphone récupéré, et partiellement nettoyé, il décrocha et grogna “ouais, y a quoi?”, debout au milieu du salon. La cascade de rires de ses amis qui se félicitaient de leurs plaisanteries de la veille et le traitaient de noms divers emplit ses oreilles, autrement plus agréables que l’ensemble des sons qui avaient rythmé ce début de journée. Il soupira, chercha des yeux un siège libre de tout déchets et s’assit en ouvrant une bière, un demi sourire aux lèvres. La vie n’allait pas si mal, après tout. Mais le chien allait lui manquer.
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