lundi 5 janvier 2015
Graffiti libanais
A mon arrivée au Liban, j'avais la ferme intention de découvrir le monde du graffiti local, ayant moi même taggé (maladroitement) Paris pendant un bon tiers de ma vie. Au bout de quelques mois j'ai eu la chance de faire la connaissance -par le billet des rédactions pour lesquelles j'écrivais- d'une majorité des acteurs de l'art de rue local, qui se sont révélés être d'une remarquable humilité, et ont finis par me convaincre de me joindre à eux. Un an plus tard, mon apprentissage n'en est qu'à ses débuts, mais les murs de la ville se couvrent de peintures, et l'année 2015 s'annonce comme la plus productive de la jeune histoire du graffiti libanais. Phat 2, EpS, Barok, Kabrit, Wyte, Moe, Exist, Spaz et d'autres sont partis pour changer le visage de Beyrouth, et j'ai bien l'intention de participer.
Le Torchu et le Cornu
Nouvelle écrite à partir du thème "Un gros fils de p**e rencontre le Diable"
Montregneux sous le Binioux, petit bourg d'un
millier d'habitants tout au plus, était un de ces villages que l'on éviterait
volontiers, si on avait le choix. Ca n'était pas non plus un coupe-gorge où
grouillaient les coquins de toutes sortes, entendons nous bien, mais il y
régnait une atmosphère étrange, malsaine même. Surtout parce qu'il n'y avait
qu'à Montregneux sous le Binioux que vous aviez une chance de tomber sur
Saturnin dit « le Torchu »,
qui était selon le vieux Adhémar, « le bougre de pignouf le plus
sournois qu'ai jamais goûté l'eau d'not' puit ». Et le vieux Adhémar se
trompait rarement, sauf le soir, lorsqu'il était rond. En l'occurrence, il
avait bien raison : « le Torchu » était un petit homme poilu et
volubile, qui avait un talent inné pour la fourberie, le mensonge et la
bataille corse, grâce à laquelle il amassait de jolies sommes d'argent contre
qui voulait bien se mesurer à lui. Il était l'unique fils d'un soiffard
quelconque et d'une poissonnière revêche qui mourut bruyamment en lui donnant
naissance, ce fut donc Armandine, une lavandière du village, qui fut chargée de
le nourrir et de l'élever. Une fille très bien, Armandine. Joviale et dodue,
peu encline à poser des questions idiotes, et bonne travailleuse.
Pour quelques gouttes de bourbons...
Nouvelle rédigée à partir du thème "Une intrigue politique bien véreuse"
De l'extérieur, le vieil immeuble de style
colonial du numéro 144, Olive street, ne payait vraiment pas de mine. Plusieurs
planches manquaient à la façade, et la couleur de celles qui restaient n'avaient
plus qu'un lointain rapport avec le blanc éclatant et vainqueur de leurs
jeunesse. Des affiches rendues illisibles par le passage du temps couvraient
les fenêtres, et la lourde porte en chêne était dépourvue de poignée. Rien ne
différenciait l'endroit des autres bâtisses en lambeau qui bordaient à l'époque
bon nombres de rues à Saint Louis, Missouri. C'était bien là le but, mais peu
étaient au courant, et ceux qui l'étaient le gardait pour eux.
Celui qui marche
Un. Deux. Trois. Quatre. Cinq. Six. Sept.
Huit. Neuf. Dix. Lève la jambe droite,
pivote, fouette le sol du pied droit. Recommence. Un pas. Deux. Trois. Quatre.
Cinq. Six. Sept. Huit. Neuf. Dix. Saloperie de neige. Sournoise poudreuse.
Essaye donc de garder une contenance quand chacun de tes mouvements menace de
se terminer en gamelle d'anthologie. Pas question de trébucher, de glisser, de
trembler. L'impact serait énorme. Du genre dont on ne se relève pas. Les
touristes n'en ont rien à foutre de ça, ça leur passe au dessus. Ignorants.
Cette satanée statue devant laquelle je fais les cent pas, encore et encore,
c'est pas rien. C'est le « monument de la Liberté » de Riga. C'est un
symbole. C'est un doigt d'honneur. Résistance aux Nazis, résistance aux Russes.
Demandez à un Letton si c'est important pour lui. Un peu que ça l'est. On a pas
beaucoup de choses dont on peut être fier, ici. Tenez, je suis même sûr que 90%
de la population mondiale ne connaît pas le nom de notre pays. Et mon AK74 pèse
une tonne. Hop, demi tour. Et c'est repartit.
samedi 3 janvier 2015
Rencontre au Sommet II (2015)
Le psy dormait profondément la tête sur les
avants bras, vautré sur son bureau alors que sa radio deuxième main crachotait
les paroles d'une chanson de rap britannique. Autour de lui, sur le sol, des
pièces d'échecs étaient éparpillées entre les livres et les paquets de tabacs à
rouler. L'écran de son défunt ordinateur gisait sur le côté gauche du bureau,
et l'unité centrale en faisait à présent partie intégrante, ayant remplacé le
pied avant droit. Devant le poster de « LA Woman » couvert de poussière
qui trônait sur le mur adjacent au canapé bancal, sur la droite, un chat
montait la garde. Créature grisâtre et difforme, presque deux fois plus large
de croupe que d'épaule et dépourvue de poils sur les pattes avant, il suivait
de ses yeux presque fermés les volutes de fumées d'encens qui montaient du
cendrier devant lui pour se répandre au plafond. Autour de son cou rachitique,
un collier de cuir élimé, sur l'arrière duquel était collé un post-it qui
disait : « achetez un furet », le mot « furet » étant
souligné quatre fois. Deux mouches volaient en silence au-dessus de la tête du
psy.
mardi 24 juin 2014
Football et fous de Dieu
Ca y est. Le vide présidentiel est
devenu une réalité, et rien ne se passe, faisant mentir ceux qui
déversaient des prédictions apocalyptiques dans les médias depuis
des mois. La coupe du monde de football a commencé, les drapeaux
brésiliens, allemands et uruguayens sont partout. Après quelques
émeutes (et 5 jours après le début de la coupe), le gouvernement a
décidé d'acheter les droits de retransmission de match, afin que
tous puissent les regarder gratuitement. On ne parle plus que de ça.
Qui a dit « Du Pain et des Jeux » ?
mercredi 11 juin 2014
Sukleen, les héros de l'ombre
On me l'a souvent répété, le Liban
était autrefois l'un des plus beaux pays du monde par la richesse et
la diversité de ses paysages et de sa flore. Cependant, ceux qui me
racontaient leurs souvenirs d'un Liban où les maisons aux toits de
tuiles rouges et aux murs de pierres blanches brillaient chaque jours
dans l'océan de verdure qui les entouraient, avaient souvent la
soixantaine passée. De guerre en guerre, l'architecture de régions
entières a disparue au profit du béton, cet allié indéfectible de
la modernité à bas prix. Et il y a pire: le pays est effroyablement
pollué. Difficile de le dire autrement quand on a voyagé hors de
Beyrouth, qui elle même renferme quelques oasis d'ordures ajoutant à
son charme violent. Sur les bords des routes, des chemins et même au
bords des rivières s'amoncellent des déchets en quantité parfois
astronomique. La vallée de la Kadisha est épargnée, tout comme les
montagnes druzes du Chouf et d'autres coins plus ou moins reculés,
mais dans l'ensemble, le pays ressemble fréquemment à un camping de
festival avant l'arrivée des nettoyeurs.
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